FRANÇAIS

Le vieux réverbère

ENGLISH

The old street lamp


Il était une fois un honnête vieux réverbère qui avait rendu de bons et loyaux services pendant de longues, longues années, et on s'apprêtait à le remplacer. C'était le dernier soir qu'il était sur son poteau et éclairait la rue; il se sentit un peu comme un vieux figurant de ballet qui danse pour la dernière fois et sait que dès le lendemain il sera mis au rancart. Le réverbère redoutait terriblement ce lendemain. Il savait qu'on l'amènerait à la mairie où trente-six sages de la ville l'examineraient pour décider s'il était encore bon pour le service ou pas. C'est là qu'on déciderait s'il devait éclairer un pont ou une usine à la campagne. Il se pouvait aussi qu'on l'envoyât directement dans une fonderie pour l'y faire fondre et dans ce cas il pouvait devenir vraiment n'importe quoi d'autre.

Quel que fût son sort, il ferait ses adieux au vieux gardien de nuit et à sa femme. Il les considérait comme sa propre famille. Il était devenu réverbère en même temps que l'homme était devenu veilleur de nuit. La femme, à l'époque, avait un comportement altier et ne s'occupait du réverbère que le soir, quand elle passait par là, mais jamais dans la journée. Au cours des dernières années, depuis qu'ils avaient vieilli tous les trois, le veilleur, sa femme et le réverbère, la femme du veilleur s'en occupait elle aussi, nettoyait la lampe et y versait de l'huile. C'étaient de braves gens, l'un comme l'autre.

Ainsi le réverbère était dans la rue pour son dernier soir et demain il irait à la mairie. Ces deux sombres pensées le hantaient et vous vous imaginez sans doute comment il brûlait. Mais d'autres idées encore lui passaient par la tête. Il ne lui viendrait jamais à l'esprit d'en parler à haute voix, car c'était un réverbère bien élevé qui ne voulait blesser personne. Mais que de souvenirs! Par moments, sa flamme montait brusquement, comme si le réverbère avait soudainement senti: Oui, il y a quelqu'un qui se souvient de moi. Par exemple ce beau garçon autrefois ... Oh, oui, bien des années ont passé depuis! Il était venu vers moi avec une lettre sur papier rose pâle, si fin et à bordure dorée, et si joliment écrite; c'était une écriture de femme. Il lut la lettre deux fois puis l'embrassa. Ensuite, il leva la tête, me regarda et ses yeux disaient: " Je suis le plus heureux des hommes! " Oui, lui et moi, nous étions les seuls à savoir ce que la première lettre de sa bien-aimée contenait ... Je me rappelle aussi d'une autre paire d'yeux; c'est curieux comme mes pensées sautent d'un sujet à l'autre. Un magnifique cortège funèbre passa dans la rue. Dans le cercueil gisait, sur la voiture couverte de soie, une jeune et jolie femme. Que de fleurs, de couronnes et de torches brûlantes! J'en fus presque soufflé. Sur le trottoir il y avait plein de gens qui suivaient lentement le cortège. Lorsque les torches furent hors de vue, je regardai autour de moi, un homme se tenait encore là et pleurait. Jamais je n'oublierai la tristesse de ces yeux qui me regardaient! "

Des pensées diverses venaient ainsi au vieux réverbère qui éclairait la rue ce soir pour la dernière fois. Le factionnaire que l'on relève connaît la personne qui va le remplacer et peut même échanger quelques paroles avec elle. Le réverbère ne savait pas qui allait le remplacer et pourtant, il était à même de donner à son remplaçant quelques bons conseils, sur la pluie et la rouille par exemple ou sur la lune qui éclaire le trottoir ou encore sur la direction du vent.

Trois candidats s'étaient présentés sur le bord de la rigole, croyant que c'était le réverbère lui-même qui attribuait l'emploi. Le premier était une tête de hareng. Comme elle luisait dans l'obscurité elle pensait que si c'était elle qui montait sur le poteau, cela ferait économiser de l'huile. Le deuxième était un morceau de bois pourri, qui brillait lui aussi, et certainement bien mieux que n'importe quelle morue salée, comme il le fit entendre. D'autre part, il était le dernier morceau d'un arbre qui avait été autrefois la gloire de la forêt. Le troisième était un ver luisant. Le réverbère ne savait pas d'où il était venu, mais il était là, et même si bien là, qu'il luisait. Mais la tête de hareng et le bois pourri jurèrent qu'il ne luisait que de temps en temps et que dès lors il ne pouvait être pris en considération. Le vieux réverbère dit qu'aucun d'eux n'éclairait assez pour être réverbère. Evidemment, ils ne voulurent pas l'admettre, et lorsqu'ils apprirent que le réverbère lui-même ne pouvait attribuer sa fonction à personne, ils se réjouirent et dirent qu'ils en étaient très heureux puisque de toute façon le réverbère était vraiment bien trop sénile et donc incapable de choisir son remplaçant.

A ce moment, le vent arriva du coin de la rue, il passa au travers de la mitre du vieux réverbère et lui dit:

- Comment, j'apprends que tu vas partir demain? Je te vois donc ici ce soir pour la dernière fois? Il faut absolument que je te fasse un cadeau! Je vais souffler de l'air en toi et tu te rappelleras ensuite nettement ce que tu auras vu et entendu; tu auras la tête si claire que tu entendras tout ce que l'on dira ou lira.

- C'est formidable, marmonna le vieux réverbère, merci beaucoup. Pourvu seulement que je ne sois pas fondu!

- Tu ne le seras pas encore, le rassura le vent. Je te rafraîchirai maintenant la mémoire, et si on t'offre plusieurs petits cadeaux de ce genre, tu auras une vieillesse plutôt gaie.

- Pourvu que je ne sois pas fondu, répéta le réverbère. Est-ce que dans ce cas là aussi, je me rappellerai tout?

- Vieux réverbère, sois raisonnable, souffla le vent.

La lune apparut à cet instant.

- Et vous, que donnez-vous? demanda le vent.

- Je ne donnerai rien, répondit la lune. Je suis sur le déclin. Les réverbères n'ont jamais lui pour moi, c'est toujours moi qui ai lui pour eux.

La lune se cacha derrière les nuages, elle ne voulait pas être ennuyée. Une goutte d'eau tomba alors directement sur la mitre du réverbère. On aurait pu penser qu'elle venait du toit, mais la goutte expliqua qu'elle était un cadeau envoyé par les nuages gris, et un cadeau peut-être meilleur que tous les autres.

- Je pénétrerai en toi et tu auras la faculté, une nuit, quand tu le souhaiteras, de rouiller, de t'effondrer et de devenir poussière.

Mais le réverbère trouva que c'était un bien mauvais cadeau et le vent fut du même avis:

- N'aurais-tu rien de mieux à proposer? Souffla-t-il de toutes ses forces.

A cet instant, ils virent une étoile filante suivie d'une longue et fine traînée.

- Qu'est-ce que c'était? s'écria la tête de hareng. N'était-ce pas une étoile? Je pense qu'elle est entrée directement dans le réverbère! Si cet emploi est convoité par de si importants personnages, il n'y a pas de place pour moi.

Là-dessus, elle s'en alla et les autres aussi. Le vieux réverbère brilla soudain avec une force étonnante:

- Quel beau cadeau! Moi, pauvre vieux réverbère, remarqué par ces étoiles étincelantes qui m'avaient toujours tellement ravi et qui brillent avec tant d'éclat. Moi-même je n'ai jamais réussi à briller si fort malgré tous mes efforts, et j'aurais pourtant tant voulu! Elles m'ont envoyé une des leurs avec un cadeau, et désormais tout ce que je me rappellerai et tout ce que moi-même verrai nettement, pourra être vu également par tous ceux que j'aime. Et c'est cela le vrai bonheur, car si je n'ai personne avec qui la partager, ma joie n'est pas complète.

- C'est en effet une idée très estimable, dit le vent. Mais tu n'as pas l'air de savoir que pour cela il te faudrait une bougie de cire. Si aucune bougie n'est allumée en toi, personne n'y verra rien. Et cela, les petites étoiles n'y ont pas songé. Elles pensent sans doute que tout ce qui brille a au moins une bougie à l'intérieur. Mais je suis fatigué, déclara le vent. Je vais me coucher.

Le jour suivant ... bah! le jour suivant ne nous intéresse pas. Le soir suivant donc, le réverbère était sur un fauteuil et où? ... Chez le vieux veilleur de nuit. Il avait réussi à garder le réverbère en récompense de ses longs et loyaux services. Les trente-six hommes s'étaient moqué de lui, mais ils le lui avaient donné, puisqu'il le désirait tant. A présent, le réverbère était couché sur le fauteuil près du poêle chaud. Il prenait presque tout le fauteuil, comme si la chaleur l'avait fait grandir. Les vieux époux étaient à table en train de dîner et, émus, jetaient de temps en temps un regard sur le vieux réverbère; ils auraient voulu qu'il vienne s'installer à table avec eux. Ils habitaient, il est vrai, en sous-sol, à deux aunes sous terre et pour accéder au logement il fallait passer par une entrée pavée; mais il y faisait bien bon car la porte était calfeutrée avec des bouts de tissu. Tout y était propre et rangé, le lit était couvert d'un baldaquin, de petits rideaux décoraient les fenêtres et, derrière eux, il y avait deux pots de fleurs étranges. Christian, le marin, les avait apportés des Indes orientales ou occidentales, ils ne savaient plus exactement. C'étaient deux éléphants en terre, et on mettait la terre dans leurs dos ouverts. Dans l'un d'eux poussait une très belle ciboulette - il servait de potager aux petits vieux - dans l'autre fleurissait un grand géranium -c'était leur jardin. Au mur était accrochée une image coloriée, c'était " le Congrès de Vienne ," de sorte qu'ils avaient dans leur chambre toute la cour royale et impériale! Une pendule à lourds poids de plomb faisait " tic-tac ." Elle était toujours en avance, mais après tout cela valait mieux que si elle retardait, disaient les vieux. Le réverbère avait l'impression que le monde entier était à l'envers. Mais lorsque le vieux veilleur de nuit le regarda et se mit à raconter tout ce qu'ils avaient vécu ensemble, par la pluie et la rouille, dans les nuits d'été courtes et claires ou dans les tempêtes de neige et comme il faisait bon de rentrer dans le petit logement du sous-sol, tout se remit en place pour le vieux réverbère. Il eut l'impression de sentir à nouveau le vent; oui, comme si le vent l'avait rallumé.

Les petits vieux étaient si travailleurs, si assidus, qu'ils ne passaient pas une seule petite heure à somnoler. Le dimanche après-midi, ils sortaient un livre, un récit de voyage de préférence, et le veilleur de nuit lisait à haute voix les pages sur les forêts vierges et les éléphants sauvages qui courent à travers l'Afrique, et la vieille femme écoutait avec beaucoup d'attention, jetant des coups d'œil sur leurs éléphants en terre qui servaient de pots de fleurs.

- C'est presque comme si j'y étais, disait-elle.

Et le réverbère souhaitait ardemment qu'il y eût une bougie de cire à portée de main et que quelqu'un songe à l'allumer et à la placer en lui, afin que la vieille femme puisse voir exactement tout comme le réverbère le voyait, les grands arbres aux branches enlacées les unes aux autres, les hommes à cheval, noirs et nus, et des troupeaux entiers d'éléphants écrasant les joncs et les broussailles.

- A quoi bon tous mes talents sans la moindre petite bougie de cire, soupirait le réverbère. Ils n'ont ici que de l'huile et une chandelle, cela ne suffit pas!

Un jour pourtant, un petit tas de restes de bougies apparut dans le petit appartement du sous-sol. Les plus grands bouts servaient à éclairer, les petits étaient utilisés par la vieille femme pour cirer son fil à coudre. La bougie de cire existait donc bel et bien, mais personne n'eut l'idée d'en mettre ne serait-ce qu'un petit bout dans le réverbère.

- Et voilà! Je suis ici avec mes talents rares, se lamenta doucement le réverbère, j'ai tant de choses en moi et je ne peux pas les partager avec eux. Je peux transformer leurs murs blancs en superbes tentures, en forêts profondes, en tout ce qu'ils pourraient souhaiter... Et ils l'ignorent!

Le réverbère, propre et bien astiqué, était dans un coin où il se faisait toujours remarquer. Les gens disaient, il est vrai, que ce n'était qu'une vieillerie à mettre au rancart, mais les vieux aimaient leur réverbère et laissaient les gens parler.

Un jour, le jour d'anniversaire du vieil homme, la vieille femme s'approcha du réverbère, sourit doucement et dit:

- Aujourd'hui je l'allumerai.

Le réverbère grinça de son couvercle car il se dit: Enfin, la lumière leur vient!

Mais la veille femme ne lui donna pas de bougie, elle y versa de l'huile. Le réverbère brilla toute la soirée, mais il savait maintenant que le cadeau des étoiles, le plus magnifique de tous les cadeaux ne serait pour lui, dans cette vie-là, qu'un trésor perdu. Et soudain il rêva que les petits vieux étaient morts et qu'on l'amenait dans une fonderie pour y être fondu. Bien qu'il eût la faculté de s'effondrer en rouille et en poussière quand il le voudrait, il ne le fit pas. Il arriva dans la fonderie et fut transformé en bougeoir en fer, le plus beau de tous les bougeoirs pour bougies de cire. Il avait la forme d'un ange portant un bouquet dans ses mains, et on plaçait la bougie de cire au milieu du bouquet. Il avait sa place sur un bureau vert, dans une chambre bien agréable. Il y avait de nombreux livres et de beaux tableaux sur les murs. C'était la chambre d'un poète, et tout ce qu'il imaginait et écrivait apparaissait tout autour. La chambre se transformait en forêt sombre et profonde ou en pré ensoleillé traversé gravement par une cigogne ou en pont d'un navire sur une mer agitée.

- Que j'ai de talents! s'étonna le vieux réverbère en se réveillant. J'aurais presque envie d'être fondu! Mais non, cela ne doit pas arriver tant que les petits vieux sont de ce monde. Ils m'aiment tel que je suis. C'est comme si j'étais leur enfant, ils m'ont astiqué, m'ont donné de l'huile et j'ai ici une place aussi honorable que le Congrès de Vienne, et il n'y a pas plus noble que lui.

Et depuis ce temps, il était plus serein. Le vieux réverbère l'avait bien mérité.
Did you ever hear the story of the old street lamp? It is not remarkably interesting, but for once in a way you may as well listen to it. It was a most respectable old lamp, which had seen many, many years of service, and now was to retire with a pension. It was this evening at its post for the last time, giving light to the street. His feelings were something like those of an old dancer at the theatre, who is dancing for the last time, and knows that on the morrow she will be in her garret, alone and forgotten. The lamp had very great anxiety about the next day, for he knew that he had to appear for the first time at the town hall, to be inspected by the mayor and the council, who were to decide if he were fit for further service or not;– whether the lamp was good enough to be used to light the inhabitants of one of the suburbs, or in the country, at some factory; and if not, it would be sent at once to an iron foundry, to be melted down. In this latter case it might be turned into anything, and he wondered very much whether he would then be able to remember that he had once been a street lamp, and it troubled him exceedingly. Whatever might happen, one thing seemed certain, that he would be separated from the watchman and his wife, whose family he looked upon as his own. The lamp had first been hung up on that very evening that the watchman, then a robust young man, had entered upon the duties of his office. Ah, well, it was a very long time since one became a lamp and the other a watchman. His wife had a little pride in those days; she seldom condescended to glance at the lamp, excepting when she passed by in the evening, never in the daytime. But in later years, when all these,– the watchman, the wife, and the lamp– had grown old, she had attended to it, cleaned it, and supplied it with oil. The old people were thoroughly honest, they had never cheated the lamp of a single drop of the oil provided for it.

This was the lamp's last night in the street, and to-morrow he must go to the town-hall,– two very dark things to think of. No wonder he did not burn brightly. Many other thoughts also passed through his mind. How many persons he had lighted on their way, and how much he had seen; as much, very likely, as the mayor and corporation themselves! None of these thoughts were uttered aloud, however; for he was a good, honorable old lamp, who would not willingly do harm to any one, especially to those in authority. As many things were recalled to his mind, the light would flash up with sudden brightness; he had, at such moments, a conviction that he would be remembered. "There was a handsome young man once," thought he; "it is certainly a long while ago, but I remember he had a little note, written on pink paper with a gold edge; the writing was elegant, evidently a lady's hand: twice he read it through, and kissed it, and then looked up at me, with eyes that said quite plainly, 'I am the happiest of men!' Only he and I know what was written on this his first letter from his lady-love. Ah, yes, and there was another pair of eyes that I remember,– it is really wonderful how the thoughts jump from one thing to another! A funeral passed through the street; a young and beautiful woman lay on a bier, decked with garlands of flowers, and attended by torches, which quite overpowered my light. All along the street stood the people from the houses, in crowds, ready to join the procession. But when the torches had passed from before me, and I could look round, I saw one person alone, standing, leaning against my post, and weeping. Never shall I forget the sorrowful eyes that looked up at me." These and similar reflections occupied the old street lamp, on this the last time that his light would shine. The sentry, when he is relieved from his post, knows at least who will succeed him, and may whisper a few words to him, but the lamp did not know his successor, or he could have given him a few hints respecting rain, or mist, and could have informed him how far the moon's rays would rest on the pavement, and from which side the wind generally blew, and so on.

On the bridge over the canal stood three persons, who wished to recommend themselves to the lamp, for they thought he could give the office to whomsoever he chose. The first was a herring's head, which could emit light in the darkness. He remarked that it would be a great saving of oil if they placed him on the lamp-post. Number two was a piece of rotten wood, which also shines in the dark. He considered himself descended from an old stem, once the pride of the forest. The third was a glow-worm, and how he found his way there the lamp could not imagine, yet there he was, and could really give light as well as the others. But the rotten wood and the herring's head declared most solemnly, by all they held sacred, that the glow-worm only gave light at certain times, and must not be allowed to compete with themselves. The old lamp assured them that not one of them could give sufficient light to fill the position of a street lamp; but they would believe nothing he said. And when they discovered that he had not the power of naming his successor, they said they were very glad to hear it, for the lamp was too old and worn-out to make a proper choice.

At this moment the wind came rushing round the corner of the street, and through the air-holes of the old lamp. "What is this I hear?" said he; "that you are going away to-morrow? Is this evening the last time we shall meet? Then I must present you with a farewell gift. I will blow into your brain, so that in future you shall not only be able to remember all that you have seen or heard in the past, but your light within shall be so bright, that you shall be able to understand all that is said or done in your presence."

"Oh, that is really a very, very great gift," said the old lamp; "I thank you most heartily. I only hope I shall not be melted down."

"That is not likely to happen yet," said the wind; "and I will also blow a memory into you, so that should you receive other similar presents your old age will pass very pleasantly."

"That is if I am not melted down," said the lamp. "But should I in that case still retain my memory?"

"Do be reasonable, old lamp," said the wind, puffing away.

At this moment the moon burst forth from the clouds. "What will you give the old lamp?" asked the wind.

"I can give nothing," she replied; "I am on the wane, and no lamps have ever given me light while I have frequently shone upon them." And with these words the moon hid herself again behind the clouds, that she might be saved from further importunities. Just then a drop fell upon the lamp, from the roof of the house, but the drop explained that he was a gift from those gray clouds, and perhaps the best of all gifts. "I shall penetrate you so thoroughly," he said, "that you will have the power of becoming rusty, and, if you wish it, to crumble into dust in one night."

But this seemed to the lamp a very shabby present, and the wind thought so too. "Does no one give any more? Will no one give any more?" shouted the breath of the wind, as loud as it could. Then a bright falling star came down, leaving a broad, luminous streak behind it.

"What was that?" cried the herring's head. "Did not a star fall? I really believe it went into the lamp. Certainly, when such high-born personages try for the office, we may as well say 'Good-night,' and go home."

And so they did, all three, while the old lamp threw a wonderfully strong light all around him.

"This is a glorious gift," said he; "the bright stars have always been a joy to me, and have always shone more brilliantly than I ever could shine, though I have tried with my whole might; and now they have noticed me, a poor old lamp, and have sent me a gift that will enable me to see clearly everything that I remember, as if it still stood before me, and to be seen by all those who love me. And herein lies the truest pleasure, for joy which we cannot share with others is only half enjoyed."

"That sentiment does you honor," said the wind; "but for this purpose wax lights will be necessary. If these are not lighted in you, your particular faculties will not benefit others in the least. The stars have not thought of this; they suppose that you and every other light must be a wax taper: but I must go down now." So he laid himself to rest.

"Wax tapers, indeed!" said the lamp, "I have never yet had these, nor is it likely I ever shall. If I could only be sure of not being melted down!"

The next day. Well, perhaps we had better pass over the next day. The evening had come, and the lamp was resting in a grandfather's chair, and guess where! Why, at the old watchman's house. He had begged, as a favor, that the mayor and corporation would allow him to keep the street lamp, in consideration of his long and faithful service, as he had himself hung it up and lit it on the day he first commenced his duties, four-and-twenty years ago. He looked upon it almost as his own child; he had no children, so the lamp was given to him. There it lay in the great arm-chair near to the warm stove. It seemed almost as if it had grown larger, for it appeared quite to fill the chair. The old people sat at their supper, casting friendly glances at the old lamp, whom they would willingly have admitted to a place at the table. It is quite true that they dwelt in a cellar, two yards deep in the earth, and they had to cross a stone passage to get to their room, but within it was warm and comfortable and strips of list had been nailed round the door. The bed and the little window had curtains, and everything looked clean and neat. On the window seat stood two curious flower-pots which a sailor, named Christian, had brought over from the East or West Indies. They were of clay, and in the form of two elephants, with open backs; they were hollow and filled with earth, and through the open space flowers bloomed. In one grew some very fine chives or leeks; this was the kitchen garden. The other elephant, which contained a beautiful geranium, they called their flower garden. On the wall hung a large colored print, representing the congress of Vienna, and all the kings and emperors at once. A clock, with heavy weights, hung on the wall and went "tick, tick," steadily enough; yet it was always rather too fast, which, however, the old people said was better than being too slow. They were now eating their supper, while the old street lamp, as we have heard, lay in the grandfather's arm-chair near the stove. It seemed to the lamp as if the whole world had turned round; but after a while the old watchman looked at the lamp, and spoke of what they had both gone through together,– in rain and in fog; during the short bright nights of summer, or in the long winter nights, through the drifting snow-storms, when he longed to be at home in the cellar. Then the lamp felt it was all right again. He saw everything that had happened quite clearly, as if it were passing before him. Surely the wind had given him an excellent gift. The old people were very active and industrious, they were never idle for even a single hour. On Sunday afternoons they would bring out some books, generally a book of travels which they were very fond of. The old man would read aloud about Africa, with its great forests and the wild elephants, while his wife would listen attentively, stealing a glance now and then at the clay elephants, which served as flower-pots.

"I can almost imagine I am seeing it all," she said; and then how the lamp wished for a wax taper to be lighted in him, for then the old woman would have seen the smallest detail as clearly as he did himself. The lofty trees, with their thickly entwined branches, the naked negroes on horseback, and whole herds of elephants treading down bamboo thickets with their broad, heavy feet.

"What is the use of all my capabilities," sighed the old lamp, "when I cannot obtain any wax lights; they have only oil and tallow here, and these will not do." One day a great heap of wax-candle ends found their way into the cellar. The larger pieces were burnt, and the smaller ones the old woman kept for waxing her thread. So there were now candles enough, but it never occurred to any one to put a little piece in the lamp.

"Here I am now with my rare powers," thought the lamp, "I have faculties within me, but I cannot share them; they do not know that I could cover these white walls with beautiful tapestry, or change them into noble forests, or, indeed, to anything else they might wish for." The lamp, however, was always kept clean and shining in a corner where it attracted all eyes. Strangers looked upon it as lumber, but the old people did not care for that; they loved the lamp. One day– it was the watchman's birthday– the old woman approached the lamp, smiling to herself, and said, "I will have an illumination to-day in honor of my old man." And the lamp rattled in his metal frame, for he thought, "Now at last I shall have a light within me," but after all no wax light was placed in the lamp, but oil as usual. The lamp burned through the whole evening, and began to perceive too clearly that the gift of the stars would remain a hidden treasure all his life. Then he had a dream; for, to one with his faculties, dreaming was no difficulty. It appeared to him that the old people were dead, and that he had been taken to the iron foundry to be melted down. It caused him quite as much anxiety as on the day when he had been called upon to appear before the mayor and the council at the town-hall. But though he had been endowed with the power of falling into decay from rust when he pleased, he did not make use of it. He was therefore put into the melting-furnace and changed into as elegant an iron candlestick as you could wish to see, one intended to hold a wax taper. The candlestick was in the form of an angel holding a nosegay, in the centre of which the wax taper was to be placed. It was to stand on a green writing table, in a very pleasant room; many books were scattered about, and splendid paintings hung on the walls. The owner of the room was a poet, and a man of intellect; everything he thought or wrote was pictured around him. Nature showed herself to him sometimes in the dark forests, at others in cheerful meadows where the storks were strutting about, or on the deck of a ship sailing across the foaming sea with the clear, blue sky above, or at night the glittering stars. "What powers I possess!" said the lamp, awaking from his dream; "I could almost wish to be melted down; but no, that must not be while the old people live. They love me for myself alone, they keep me bright, and supply me with oil. I am as well off as the picture of the congress, in which they take so much pleasure." And from that time he felt at rest in himself, and not more so than such an honorable old lamp really deserved to be.




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